.. qu'on offre à quelques individus réduits en esclavage une position privilégiée, certains avantages et de bonnes chances de survie, en exigeant d'eux en contrepartie qu'ils trahissent la solidarité naturelle qui les lie à leurs camarades : il se trouvera toujours quelqu'un pour accepter. Cet individu échappera à la loi commune et deviendra intouchable; il sera donc d'autant plus haïssable et haï que son pouvoir gagnera en importance. Qu'on lui confie le commandement d'un poignée de malheureux, avec droit de vie ou de mort sur eux, et aussitot il se montrera cruel et tyrannique parce qu'il comprendra que s'il ne l'était pas assez, on n'aurait pas de mal à trouver quelqu'un pour le remplacer. Il arrivera en outre que, ne pouvant assouvir contre les oppresseurs la haine qu'il a accumulée, il s'en libérera de facon irrationnelle sur les opprimés, et ne s'estimera satisfait que lorsqu'il aura fait payer à ses subordonnés l'affront infligé par ses supérieurs.

Primo Levi, 'si c'est un homme"

# Postato giovedì 10 aprile 2008 15:31

Junk de Melvin Burgess

Junk de Melvin Burgess
"Les gens se gâchent l'existence. Mon père, par exemple : il a la trouille de vivre, il a la trouille de mourir. Il passe sa journée à donner des ordres dans une entreprise pendant que d'autres personnes font le travail, le vrai travail, c'est a dire fabriquer des objets. Lui, il chercher juste à se rendre important. Au final, il ne fait rien, et ça le rend fou. Mais à quoi bon tout ça ? L'argent qu'il gagne, il le dépense dans une télévision neuve, alors que l'ancienne marche encore, dans une nouvelle voiture, parce que la précédente est trop vieille, ou dans des vacances pour se distraire et oublier cet affreux boulot qu'il est obligé de faire parce qu'il a besoin de cet argent..."

# Postato lunedì 01 settembre 2008 14:26

"La mort fait de nous tous des anges et s'accroche à nos épaules avec ses griffes de corbeau."


Jim Morrison

# Postato lunedì 01 settembre 2008 14:31

En vérité, tout le monde a perdu, je suis là, triste et morose, méfiante et lâche. Je fais semblant de vivre et je me cache pour pleurer, ils me reprendraient pour dépression nerveuse, ça les amuserait de me revoir. Ils m'ont gardée dans leurs griffes, j'ai conservé l'angoisse d'un emprisonnement, la colère refoulée d'une injustice, la rage de l'impuissance. Mes souvenirs sont trop précis, les rapprochements sont toujours possibles : je prends le bus et en passant devant ces murs d'hopital, ils m'écorchent la peau, je vais dans un jardin public et les grilles me sautent au visage. Je m'acherne à écrire et je retrouve la solitude. Cette volonté de continuer malgré la fatigue malgré mes doutes et leur menace rejoint l'autre prison. Je suis restée l-bas, dans la chambre ving-sept avec mes refus, avec ce mal de vivre. Et je crois bien que je n'arriverai jamais à en sortir.

Le pavillon des enfants fous, Valérie Valère.

# Postato lunedì 01 settembre 2008 14:56

Modificato martedì 30 dicembre 2008 13:25

Quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à a porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann.

# Postato lunedì 01 settembre 2008 15:28

Modificato lunedì 12 gennaio 2009 12:58